Histoire de Madrid
|
Depuis ses humbles origines arabes, en passant par l’ultérieure reconquête castillane et la floraison urbaine et culturelle de Madrid des Habsbourg, la ville a été le témoin et la scène des plus grands événements de l’Histoire. Avec le changement de dynastie et l’instauration de la monarchie des Bourbons, Madrid s’est développée en la grande ville qu’elle est aujourd’hui, capital et centre neurologique de l’Espagne. C’est durant le XXème siècle que Madrid se converti en une ville cosmopolite, active et animée invitant ses visiteurs à plonger dans ses rues et à profiter au maximum de ses édifices, sa gastronomie et de sa culture.
|
| Des origines à la Reconquête |
 |
|
Madrid doit son nom et sa fondation à l’émir Muhammad I, qui au IX ème siècle créa Mayrit, une petite forteresse aux fins défensives située dans une tour de gué donnant vue sur Tolède, juste à côté du fleuve Manzanares. Jusqu’alors, Madrid n’était rien de plus qu’une ville dépeuplée. Il est possibles de retrouver des traces témoignant du passage des wisigothes et des romains, comme les sont par exemple les Pavés de mosaïque qu’exhibe le Musée Municipal, bien que ceux-ci ne laissèrent aucune édification.
Petit à petit la population s’établit à l’intérieur de l’enceinte fortifiée de la forteresse, et au Xème siècle avec Abderramán III, 1er calife de Cordoue, Madrid vient à faire parti des Royaumes de Taifas.
A la fin du XIème siècle, Alfonso VI entre dans la ville. A sa mort cependant, Madrid tombe à nouveau sous la domination musulmane. Peu après, Alfonso VII récupère la ville pour les castillans et la dote de privilèges, lois et droits et c’est avec Alfonso VIII au XIIIème siècle que Madrid s’affirme pleinement comme ville castillane.
Petit à petit, Madrid va prendre de l’importance comme lieu de séjour des cours itinérantes des différents Monarques de la Reconquête. Cela se doit notamment à sa position stratégique, son climat et la grande quantité d’animaux permettant de pratiquer la chasse. En conséquence diverses améliorations urbaines et fondations culturelles sont réalisées ce qui a permis à la ville de se développer.
Durant le règne d’Henri III de Castille, el Doliente (le douloureux), la monarchie commença à passer de longues périodes à Madrid. Pour cette raison, le monarque mit en ordre l’Alcazar, résidence royale et lieu habituellement utilisé par la royauté et sa Cour pour célébrer les fêtes et défilés. Son successeur au trône, Enrique IV, fit de Madrid le siège de la Casa de la Monedad (fabrique nationale de monnaie et timbre), renforça le Consejo de la Villa (Conseil de la Ville), réaffirma le marché hebdomadaire et réalisa d’importantes améliorations urbaines.
| Madrid de Habsbourg |
 |
|
A l’époque des rois catholiques, Madrid vécut une période de prospérité stable. Le petit-fils des rois catholiques, l’empereur Charles Quint, entreprit d’importantes réformes architecturales de l’Alcazar où il logeait lors de ses visites dans la ville, en aménageant l’ancien et inconfortable château au goût de la Renaissance de l’époque. Il s’agit d’une époque de floraison et essor de la ville qui se traduit par le fondement de nombreuses églises et couvents.
En 1523 est fondé le Sanctuaire Dominicain de Nuestra Señora de Atocha et en 1547 c’est le futur Felipe II qui fait de même en fondant le Couvent de San Felipe El Real. En 1564 la princesse Juana fonde un des couvents madrilènes les plus connus, celui des Descalzas Reales. La Capilla del Obispo (la chapelle de l’évêque) date également de l’époque.
En 1561 Philipe II décide de transférer la Cour à Madrid car la ville était alors le centre géographique de son immense domaine et car l’Eglise avait beaucoup trop d’influence dans d’autres villes telle Tolède. A cela s’ajoute le fait que Valladolid, siège jusqu’alors de la plupart des organismes officiels, restait petite. Madrid souffre à cette époque d’une explosion urbaine et démographique à laquelle elle n’était pas préparée. En 15 ans, la ville passe de 15000 à 40000 habitants et 15 ans plus tard les chiffres avoisinent les 100000. La ville se convertit en un chaos de gens et édifices. Elle manque de services et systèmes d’égouts. La saleté s’approprie la vie quotidienne et la crasse la convertie en la ville la plus sale d’Europe à ce moment. De plus, le passage de Madrid de Ville à Cour, bien loin de l’avantager, la plonge dans une totale soumission à la Couronne et fut très négatif pour les intérêts propres de la ville. Malgré cela, d’importantes constructions sont menées à bien comme c’est le cas par exemple de la Plaza Mayor (1611).
Jusque 1606, les constructions à Madrid ne sont qu’un timide reflet de la période artistique, cependant, à partir du moment où la ville est instaurée de manière permanente comme capital du royaume, les édifices au caractère typique de l’époque des Habsbourg commencent à flore. Se font notamment remarquer les temples comme celui de La Encarnación (l’incarnation) et El Carmen, ou encore l’ancien palais de los Uceda. Tout au long du règne des Habsbourg, Felipe III, Felipe IV et Carlos II, on voit se succéder différents styles architecturaux en commençant par l’austérité maniérée jusqu’à arriver au baroque le plus extrême, appelé « churrigueresco » (surchargé). Ce style se reflète notamment sur les édifices comme La Capilla del Cristo de Los Dolores, San Plácido ou Las Comendadoras de Santiago. En ce qui concerne l’architecture civile de l’époque, on distingue notamment El Puente de Segovia (pont de Ségovie), la façade de la Casa de la Panadería sur la Plaza Mayor ou encore la Puerta del Buen Retiro. Toute cette architecture sans égal antérieur et répétée jusqu’à la satiété, était un reflet fidèle de l’époque, de ses usages et coutumes, époque appelée jusqu’aujourd’hui Madrid des Habsbour.
| Madrid des Bourbons |
 |
|
Avec l’arrivée au trône de Felipe V, petit-fils de Louis XIV de France, se produit un changement de dynastie régnant sur le trône espagnol et avec elle une ouverture à de nouveaux courants culturels, artistiques et philosophiques qui dominaient l’Europe à ce moment dirigée par la France.
En 1734 l’Alcazar prend feu emportant avec lui d’innumérables œuvres d’art des plus grands génies. Avec lui tombe un symbole de dynastie. En 1736 est initiée à sa place la construction de l’actuel Palacio Real (Palais royal) qui sera complètement terminé en 1764 durant le règne de Carlos III.
Carlos III avait un goût marqué pour tout ce qui était italien, et ce n’est pas en vain qu’il ait été roi de Naples. Son arrivée en Espagne afin de succéder à son père marqua une série de réformes urbaines et culturelles faisant de Madrid un des paradigmes de la modernité et de l’intellectualité de l’époque. Sont construis le Musée Del Prado, destiné au départ au musée de sciences naturelles, le Jardin Botanique, en complément de l’antérieur, le Paseo del Prado est urbanisé, lequel se converti alors en point de rencontre des madrilènes, et sont construites les Fontaines de Neptuno, Cibeles et de la Puerta de Alcalá. Toutes ses constructions se font suivant le goût italien du monarque.
A la mort de Carlos III, Carlos IV, son fils, monte sur le trône. Les peintures relatives aux mœurs de l’époque et portraits des ses protagonistes sont un reflet fidèle de l’époque que nous laissa le génie Luis Francisco de Goya. L’Espagne est à ce moment-là est une société divisée entre les nouveaux courants arrivant de la France révolutionnaire et sa tradition monarchique. Il s’agit d’une époque de révoltes politiques confuses desquelles dérive l’invasion napoléonienne qui poussa Fernando VII à quitter le trône.
Durant le fugace passage au trône de José Bonaparte, de bénéfiques réformes sont entreprises pour la ville comme la construction des égouts, le transfert des cimetières à l’extérieur de la ville et d’autres qui seront finalisées lors des règnes postérieurs. A cette époque Madrid est enveloppée et convulsée par des révoltes politiques : Madrid est la scène d’une guerre contre l’envahisseur dans laquelle de nombreux édifices sont détruits, les parques dévastés et durant laquelle apparaît la famine et la dépopulation. Avec le rétablissement de Fernando VII au trône et postérieurement de sa fille Isabel II, la reconstruction du Parque del Retiro commence, et une partie de celui-ci sera ouverte au public. La Bourse est crée, et la Puerta del Sol ainsi que la Plaza de Oriente sont illuminées.
A travers l’exile d’Isabel II et l’ascension de son fils, Alfonso XII, au trône, Madrid, capital du royaume, entreprend diverses interventions urbaines comme la construction des boulevards, la mise en marche des tramways, la basilique de Atocha ou la station de Las Delicias. La première pierre de la cathédrale de la Almudena est posée et l’actuel édifice de la Banque d’Espagne est initié.
Cependant, malgré tous les efforts fournis afin de pouvoir comparer l’importance de Madrid avec ses homologues européens, la ville se rempli petit à petit d’un aire de ville rentière, bureaucrate, improductive et paresseuse, bien loin de la conduite générale européenne de la fin du siècle. C’est grâce au développement d’une classe moyenne qui aimait vivre de ses propres revenus que Madrid commence à se réveiller, en construisant des édifices en hauteur, en divisant et dotant la ville des services nécessaires. De plus de grandes œuvres tels Le théâtre royal, la bibliothèque et les musées navals commence à être construites, affirmant le statut de capital de la ville.
| Madrid du XXème siècle |
 |
|
A la fin du XIXème siècle, L’Espagne perd ses dernières colonies ce qui conduit à de grandes répercussions au niveau intellectuel et politique. On voit flore les cafés de rencontre et naître les idées marxistes ainsi que la génération 98. Cette situation de mécontentement débouchera plus tard sur une révolution ouvrière, une dictature, une nouvelle République et enfin une sanglante et cruelle Guerre Civile.
Cependant, pour Madrid, qui au début du siècle comptait 500.000 habitants, cette période est synonyme d’une activité économique et urbaine frénétique. La Gran Vía est ouverte et adjacent à elle, beaucoup des édifices les plus emblématiques de la ville, de style modernes et avant-gardistes, tels l’édifice Metrópolis, celui de Telefónica ou encore el Círculo de Bellas Artes. La ville se dote de nouveaux sièges municipaux et Marchés afin de satisfaire la demande toujours plus importante de la population en essor. De plus, en réponse aux nouveaux goûts de loisir de la société, est construite la nouvelle plaza de toros monumentale de las Ventas (1934) et les terrains de football des deux équipes de la ville: le Real Madrid et l’Athlétique de Madrid.
En 1936 la guerre civile espagnole éclate et Madrid fut l’une des villes à en souffrir le plus. Malgré la création de différents Comités de Protection et Reconstruction des édifices et ornements les plus signalés, Madrid resta complètement dévastée par les bombes. Un énorme effort de reconstruction ainsi que la stimulation de l’industrie furent nécessaire afin de faire renaître la ville de ses cendres.
En 1963, en plain processus d’industrialisation, un plan d’urbanisme est adopté, permettant d’accueillir les milliers d’immigrants venant d’autres villes espagnoles afin de trouver à Madrid un travail et de profiter des opportunités du développement économiques qu’offrait alors la ville.
En 1969 est inauguré le parque d’attractions et en 1972 le ZOO de Madrid est ouvert. En 1979 la première mairie de Madrid est créée avec à sa tête, élu au suffrage universel par les citoyens, le maire, très apprécié par les madrilènes, D. Enrique Tierno Galván qui favorisa le développement culturel de la ville.
Depuis lors, la ville a grandi au rythme du temps et s’est convertie en une ville moderne, ouverte aux visiteurs, riches en services et infrastructures, avec une grande offre culturelle et de loisir dont peuvent profiter ses cinq millions d’habitants tout comme les quatre millions de touristes qui visitent la ville chaque année.
|